06/03/2026
On parle souvent de “caution” à la fin d’une location, mais juridiquement, ce n’est pas le bon mot. La somme versée au début du bail est le dépôt de garantie. Et sur ce point, la règle est nette : un bailleur ne peut pas garder une partie de cette somme sur une simple affirmation, “par précaution” ou avec un montant forfaitaire sorti de nulle part. L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 impose que les sommes retenues soient dûment justifiées.
Le bailleur peut-il retenir une partie du dépôt de garantie sans preuve ?
Non, pas légalement. Le dépôt de garantie sert à couvrir ce que le locataire doit encore au bailleur à la fin du bail : par exemple des loyers impayés, des charges restant dues ou des dégradations locatives. Mais une retenue n’est valable que si elle repose sur des éléments concrets. Un courrier du type “je garde 300 euros pour remise en état” ne suffit pas à lui seul. La charge de la preuve pèse sur le bailleur, qui doit pouvoir expliquer l’origine de la somme et son montant.
Quels documents le bailleur doit-il produire pour justifier une retenue ?
L’état des lieux d’entrée et de sortie
C’est le point de départ. Pour retenir une somme au titre de dégradations, le bailleur doit comparer l’état des lieux d’entrée et l’état des lieux de sortie. Sans différence entre les deux, il devient très difficile d’imputer une remise en état au locataire. C’est cette comparaison qui permet de distinguer une dégradation réelle d’un logement simplement rendu dans un état conforme à celui d’origine.
Des justificatifs chiffrés : devis, factures, arrêté de comptes
Le bailleur doit aussi produire des documents permettant d’évaluer la somme retenue. Il peut s’agir de devis, de factures, d’un constat contradictoire, d’un décompte de loyers ou charges impayés, ou encore, en copropriété, d’éléments liés à la régularisation des charges. La jurisprudence admet qu’un devis puisse suffire à justifier la retenue, sans exiger que les travaux aient déjà été réalisés ni qu’une facture définitive existe déjà.
Un détail cohérent, pas une somme forfaitaire
Ce que la loi vise, ce sont des sommes “dûment justifiées”. En pratique, une retenue globale, sans détail, est suspecte. Le bailleur doit être capable d’indiquer ce qui est reproché : nettoyage, remplacement d’un élément dégradé, réparation locative non effectuée, impayé précis. Plus la retenue est précise, plus elle a des chances d’être valable. À l’inverse, une simple formule vague ou un montant “rond” sans pièce jointe se conteste facilement.
Tout ce qui est abîmé peut-il être retenu sur le dépôt ?
Non. Le locataire n’a pas à payer la vétusté, c’est-à-dire l’usure normale du logement liée au temps. Un mur un peu terni, un équipement ancien en fin de vie ou un sol usé par un usage normal ne relèvent pas automatiquement d’une dégradation imputable. Le bailleur ne peut retenir que ce qui dépasse l’usure normale et correspond à un manquement du locataire à ses obligations d’entretien ou de réparations locatives.
Autrement dit, une peinture vieillie n’équivaut pas forcément à une dégradation. En revanche, un trou important, une porte cassée, une plaque de cuisson détériorée ou un logement rendu très sale peuvent ouvrir la voie à une retenue, à condition que cela ressorte clairement des documents comparatifs et du chiffrage fourni. Ce n’est donc pas parce qu’un propriétaire annonce une retenue qu’elle est automatiquement légitime.
Quels sont les délais de restitution du dépôt de garantie ?
Le délai dépend de la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie. Si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée, le bailleur doit restituer le dépôt de garantie dans un délai maximal de un mois à compter de la remise des clés. S’il existe des différences justifiant des retenues, le délai passe à deux mois.
Dans un immeuble collectif, le bailleur peut conserver une provision limitée à 20 % du dépôt de garantie en attendant l’arrêté annuel des comptes de copropriété, mais là encore cette retenue doit être justifiée. Le solde doit ensuite être régularisé dans le mois suivant l’approbation définitive des comptes.
Et si le bailleur rend le dépôt en retard, la loi prévoit une majoration égale à 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé, sauf si le retard vient de l’absence de transmission par le locataire de sa nouvelle adresse.
Que vérifier avant d’accepter une retenue ?
Le bon réflexe est simple : regardez si le bailleur vous a envoyé, point par point, les documents qui relient la retenue à un fait précis. Vérifiez l’état des lieux d’entrée, l’état des lieux de sortie, le détail des sommes, les devis ou factures, les éventuels impayés, et la question de la vétusté. Méfiez-vous des retenues “par sécurité”, des montants forfaitaires, ou des travaux qui relèvent en réalité d’une remise en état normale du logement. Conservez aussi vos photos, vos échanges écrits et tous les documents de sortie.
Quels recours en cas de retenue abusive ?
Si les justificatifs sont absents, flous ou disproportionnés, le locataire peut commencer par une relance amiable, puis envoyer une mise en demeure. En cas d’échec, il peut saisir la commission départementale de conciliation, gratuitement, avant d’aller si nécessaire devant le juge. Cette étape est souvent utile pour débloquer un litige de fin de bail sans procédure lourde.
En résumé, le bailleur peut parfaitement retenir une partie du dépôt de garantie, mais pas n’importe comment. Il doit prouver, détailler et chiffrer. Sans justificatif sérieux, une retenue n’a rien d’automatiquement valable.
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