Hériter d’un logement loué : que peut vraiment faire le nouveau propriétaire ?

Hériter d’un logement loué déjà occupé par un locataire peut donner l’impression de récupérer un bien immédiatement disponible. En réalité, la succession ne remet pas les compteurs à zéro. Le bail en cours continue, avec son loyer, ses échéances, son dépôt de garantie, ses charges, ses diagnostics, ses règles de congé et les droits au locataire. L’héritier ne récupère donc pas seulement un appartement ou une maison : il reprend la place du bailleur, avec les droits mais aussi les obligations attachées au contrat.
Que faut-il faire dès que l’on hérite d’un logement loué ?
La première étape consiste à reconstituer le dossier locatif. Il faut récupérer le bail écrit, l’état des lieux, le montant du dépôt de garantie, les quittances, les diagnostics, les échanges avec le locataire, l’assurance habitation, les éventuelles régularisations de charges et le règlement de copropriété si le bien est en immeuble collectif.
L’héritier doit ensuite informer le locataire du changement de bailleur, lui indiquer à qui payer le loyer et transmettre les nouvelles coordonnées bancaires. En cas d’indivision successorale, les héritiers doivent aussi s’accorder sur la gestion : conserver le bien, le vendre, mandater une agence, laisser le notaire centraliser les démarches ou désigner un représentant. Le point essentiel reste le même : le décès du propriétaire ne met pas fin au bail, et le locataire conserve ses droits.
Peut-on vendre un logement hérité déjà occupé ?
Oui. L’héritier peut vendre le bien avec le locataire en place. C’est ce qu’on appelle une vente occupée. Dans ce cas, l’acquéreur achète le logement avec le bail en cours et devient à son tour bailleur. Cette solution peut être utile lorsque la famille doit vendre rapidement pour régler la succession, éviter les frais ou sortir d’une indivision.
Mais une vente occupée peut entraîner une décote. Elle dépend du type de bail, du montant du loyer, de la durée restante, de l’état du logement, du profil du locataire et de l’attractivité locative. Un investisseur peut y voir une opportunité si le loyer est cohérent. Un acheteur qui souhaite habiter le bien, lui, sera souvent moins intéressé.
Quelle différence entre vendre occupé et donner congé pour vendre ?
Vendre occupé signifie vendre sans faire partir le locataire. Le bail continue.
Le congé pour vendre, lui, vise à récupérer le logement libre à l’échéance du bail afin de le vendre sans occupant. Cette démarche est strictement encadrée. Pour une location vide, le congé doit notamment parvenir au locataire au moins 6 mois avant la fin du bail, et il vaut généralement offre de vente au locataire, qui peut bénéficier d’un droit de préemption dans certaines conditions.
Il ne suffit donc pas d’écrire au locataire après la succession pour lui demander de partir. Si l’échéance du bail est lointaine, l’héritier devra patienter ou vendre occupé.
Peut-on récupérer le logement pour y habiter ?
Oui, mais pas immédiatement. Le congé pour reprise permet au bailleur de récupérer le logement pour y habiter lui-même ou pour y loger certains proches autorisés. Là encore, il faut respecter la date d’échéance du bail, les délais de préavis et la forme du congé. Le motif doit être réel et sérieux : un congé frauduleux peut entraîner un litige.
Le propriétaire peut donner congé seulement pour vendre, reprendre le logement ou pour un motif légitime et sérieux, par exemple en cas de manquements du locataire à ses obligations. Ce principe est fixé par la loi du 6 juillet 1989.
Le locataire peut-il être protégé ?
Oui. Certains locataires âgés disposant de faibles ressources bénéficient d’une protection particulière. Dans certains cas, le bailleur ne peut pas donner congé sans proposer une solution de relogement correspondant aux besoins et aux possibilités du locataire. Avant toute décision, l’héritier doit donc vérifier l’âge du locataire, ses ressources et les règles applicables au bail concerné.
Peut-on augmenter le loyer après la succession ?
Non, l’héritier ne peut pas augmenter librement le loyer au motif qu’il devient propriétaire. La révision annuelle du loyer n'est disponible que si une clause du bail le prévoit, en général selon l’indice de référence des loyers. Si le loyer est manifestement sous-évalué, une réévaluation peut parfois être envisagée au renouvellement du bail, mais selon une procédure encadrée.
Attention aussi au DPE. Depuis le 24 août 2022, les logements classés F ou G ne peuvent plus faire l’objet d’une révision de loyer en cours de bail pour les baux concernés et cette règle s’applique progressivement aux contrats en cours selon leur renouvellement ou reconduction.
Dans certaines communes, l’encadrement des loyers peut également limiter le montant applicable. Avant toute hausse, il faut donc relire le bail, vérifier le DPE, la localisation du logement et les règles locales.
Quelles charges et obligations l’héritier reprend-il ?
Le nouveau bailleur doit délivrer un logement décent, gérer les réparations qui lui incombent, assurer le suivi des charges récupérables, régulariser si nécessaire la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, conserver le dépôt de garantie et déclarer les revenus fonciers. Il doit aussi vérifier son assurance propriétaire non occupant, surtout si le bien est en copropriété.
S’il existe des travaux à réaliser, il faut distinguer les travaux urgents, les travaux d’amélioration et ceux qui peuvent attendre une vente ou une reprise. Un logement énergivore peut aussi limiter les marges de manœuvre locatives, car la performance énergétique entre progressivement dans les critères de décence.
Quelle stratégie choisir : vendre, conserver ou reprendre ?
La bonne méthode consiste à relire le bail avant toute décision. Il faut connaître le type de location, la date d’échéance, le montant du loyer, les charges, l’état du logement, le DPE, le profil du locataire et les contraintes de copropriété. Ensuite seulement, l’héritier peut comparer trois options : conserver le bien et percevoir les loyers, vendre occupé avec une éventuelle décote ou attendre l’échéance pour donner congé dans les règles.
L’erreur serait de raisonner comme si le logement était libre. Un bien hérité loué reste d’abord un logement occupé, avec un contrat à respecter. C’est cette réalité juridique qui doit guider la stratégie patrimoniale, le calendrier de vente et les discussions entre héritiers.